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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/42

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de rallier à la cause de son pays tous les noirs insurgés depuis trois ans. On voit néanmoins que Jean François attachait peu de prix à la liberté générale. Celui qui vendait ses frères aux Espagnols pour continuer leur esclavage, ne pouvait guères être sensible à leur réhabilitation morale et politique. Il ne considéra pas moins l’égalité comme une chimère, comme s’il avait le pressentiment de ce qui surviendrait par la suite. Pour lui, l’égalité ne serait réelle, qu’autant que les blancs de Saint-Domingue consentiraient à donner leurs filles en mariage aux noirs : étrange interprétation du droit à l’égalité ! Enfin, il est assez curieux de voir l’ancien esclave du colon Papillon, rappeler à l’ancien comte de Laveaux, que la noblesse française n’a jamais pratiqué la trahison et la perfidie. À ce moment, Jean François ne semble-t-il pas prendre au sérieux, les titres de noblesse et les cordons dont il se chamarrait ?

Malgré cette réponse de Jean François, nous voyons dans une seconde lettre de Laveaux à un autre noir nommé Jean-Baptiste Ducrosse, en date du 11 décembre, qu’il persistait dans la pensée de porter ces insurgés à s’emparer du Fort-Dauphin, en prenant d’abord le fort Labouque qui défendait la baie, pour empêcher les vaisseaux espagnols d’en sortir. Cette fois, il leur promit le pillage des vaisseaux, à l’exception des canons et des munitions de guerre. C’était indirectement leur dire de piller encore les effets restés au Fort-Dauphin, après le massacre des Français. Laveaux ne nous semble pas avoir compris son rôle de chef politique, et il nous prépare aux fautes plus graves qu’il a commises plus tard sous ce rapport.

Après ces négociations infructueuses, il retourna au Port-de-Paix, où il arriva le 27 décembre. On ne