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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/39

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Je vais actuellement vous parler en gouverneur.

Si, revenus de toutes vos erreurs, vous êtes dans l’intention de vous ranger sous le drapeau tricolore, au nom de la République française, je vous promets amnistie générale pour vous et pour toutes vos troupes. Voyez quelle a été et quelle est ma conduite avec Toussaint, avec Fiaville, Barthélémy, Noël Arthaud, Pierrot et tant d’autres.

Toussaint, en se rendant à la République, a tout réparé en prenant les Gonaïves. Vous, vous pouvez vous faire honneur aux yeux de toute la République française. Rentrez dans le sein de vos frères par un coup d’éclat digne de vous. Voici les moyens… (Ils consistaient à s’emparer du Fort-Dauphin, sans tuer personne, sans piller, ni faire aucun mal quelconque, en livrant les vaisseaux espagnols.) Une telle action répare tout ce que vous avez fait de mal…

Vous paraissez désirer causer avec Villatte. Il ne s’agit que de savoir le jour, le lieu. Prenez vos mesures, pour que tout ce que vous me proposerez soit prêt. Comptez sur la parole d’un républicain français.

Salut.
E. Laveaux.


La partie de cette lettre que nous avons omise est relative à une comparaison faite par Laveaux, entre le régime français et le régime espagnol. C’est l’original même que nous avons, pour l’avoir pris dans les archives de Santo-Domingo. Cette lettre est tout entière de la main du gouverneur général.

On voit que Jean François paraissait disposé à se soumettre, qu’il avait envoyé un agent auprès de Villatte, avec qui il désirait s’entretenir, et qui en a référé à son chef. On remarquera que ce dernier ne donne aucun titre à Jean François et ne lui en promet aucun : en lui rappelant ses erreurs, ses torts, ses crimes même, il ne lui promet qu’une amnistie. Or, ce noir était reconnu général par les Espagnols. Si Laveaux avait été adroit, ne lui aurait-il pas donné l’espoir d’avoir un rang semblable, pour