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intérêt sordide, pour profiter des revenus des sucreries qu’il s’était adjugées : il a sacrifié l’honneur à l’argent. Quelle que soit la position de fortune d’un homme ; et d’un homme éclairé surtout, le choix ne peut, ne doit pas être douteux, incertain : l’honneur est toujours préférable à tout.

En sacrifiant politiquement Sonthonax à T. Louverture, il n’a pas fait une œuvre plus méritoire, même aux yeux du Directoire exécutif. Si l’habileté machiavélique de Sonthonax a échoué devant le machiavélisme de T. Louverture, Raymond pouvait-il se promettre de contenir cette vaste ambition et de conserver une ombre d’autorité en faveur de la métropole ? La faiblesse de son caractère ne le permettait pas, puisqu’il dut céder à l’omnipotence exercée par son collègue. Et quand il a accusé ce dernier de toutes les imputations consignées dans son rapport, uniquement pour motiver la continuation de son séjour dans la colonie, il s’est déshonoré, nous dirions gratuitement, si son unique but n’était pas de percevoir les deniers provenant de l’exploitation des sucreries qu’il avait affermées, Plus tard, nous verrons J. Raymond retourner en France et revenir à Saint-Domingue, se livrant de nouveau à de semblables exploitations, et toujours méprisé par T. Louverture lui-même.

Son devoir donc, sous tous les rapports, était de partir avec Sonthonax, de suivre sa destinée. T. Louverture eût peut-être appelé Roume, qui était toujours à Santo-Domingo, comme il a fait plus tard ; mais du moins Raymond eût agi convenablement[1]

  1. Nous avons sous les yeux le rapport adressé par J. Raymond, au ministre de la marine, le 18 fructidor an 5 (4 septembre 1797), quelques jours après le départ de Sonthonax : nous eu avons cité divers passages. Rien n’est plus