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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/380

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néral de division et de général en chef de l’armée. Par la position qu’il avait prise au 30 ventôse, par la politique qu’avait suivie Laveaux et que Sonthonax venait continuer, d’après ses propres inspirations et les vues du Directoire exécutif, T. Louverture était devenu la cheville ouvrière du résultat qu’on voulait produire. Ses facultés, sa capacité, sa couleur le rendaient l’homme nécessaire pour y parvenir. On crut qu’on devait en faire un instrument, et l’on ne se trompa point ; car il nous sera facile de prouver qu’il remplit parfaitement le but auquel on voulait atteindre. Mais pour lui, qui avait sans doute reconnu les motifs de son élévation, et qui joignait à une grande ambition la conscience de ce qu’il pouvait exécuter, il ne se crut pas obligé de partager son pouvoir, son autorité avec un autre, même avec l’agent de la métropole qui l’y avait élevé : de là sa résolution de s’affranchir du joug de cet agent, de le congédier, pour rester seul maître du terrain. Et qu’on n’oublie pas néanmoins les considérations et les circonstances relatées qui vinrent en aide à ce désir de dominer, de gouverner seul.

D’ailleurs, sous ce même rapport moral, était-ce une chose nouvelle de la part de T. Louverture, que cette aspiration à se débarrasser de l’auteur de son élévation ? L’histoire fournit-elle beaucoup de ces chefs qui, parvenus au suprême pouvoir, pensent qu’il est possible de supporter la vue d’un tel homme ? Ce dernier ne doit pas non plus prétendre à aucune gratitude dans ce cas, puisqu’il n’a dû être déterminé dans son choix que par l’intérêt de son pays : il n’a droit qu’à la justice de son élu.

Ainsi donc, si ce ne fut pas une faveur personnelle faite à T. Louverture, qui l’obligeât à la reconnaissance envers Sonthonax, la question doit se résoudre par les règles de