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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/374

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des colons contre-révolutionnaires ; je trouvais tout simple que des princes détrônés, que de grands enfans à qui j’avais arraché le hochet sanglant de l’esclavage, ne me pardonnassent pas tant de zèle et de dévouement ; mais Raymond, homme de couleur, Raymond pour les droits duquel j’ai bravé mille morts et tous les outrages, le voir au nombre de mes assassins ! Non, je ne suis pas fait à tant de perversité : le ciel me garde d’imiter son exemple en l’accusant à mon tour ! Je l’abandonne à ses remords, si un cœur assez corrompu pour briser les liens de la reconnaissance en est encore susceptible. »

Cependant, il a accusé — « J. Raymond, incertain et lâche, ne s’occupant que de l’exploitation des sucreries affermées pour son compte, qui crut conserver sa vie et son or, en le livrant à Bourdon (de l’Oise) et en roulant sur lui tout le poids des fléaux révolutionnaires qui ont désolé Saint-Domingue. Il n’hésita pas à se déshonorer par ce honteux marché, et ma perte fut résolue. »

Sonthonax attribue aussi à Raymond et à une bande de scélérats (des prêtres et des émigrés), de s’être concertés pour faire signer les deux lettres à T. Louverture.

« Je lui dois cette justice, dit-il, que, par lui-même, il est incapable de concevoir de pareils projets… Fait pour être gouverné, son sort est d’être soumis à une impulsion étrangère. Sa conscience superstitieuse et peu éclairée Ta jeté dans la dépendance des prêtres contre-révolutionnaires qui, à Saint-Domingue comme en France, saisissent tous les moyens de renverser la liberté. Aux prêtres se sont joints les émigrés qui étaient réunis avec lui lorsque, portant la cocarde blanche, il servait l’Espagne contre la France… »

Et ces prêtres étaient un abbé italien appelé Martini