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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/370

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engagé secrètement Sonthonax à se résigner. Il y consentit, il paraît, puisque le lendemain, 21, il donna l’ordre à Idlinger de livrer les sommes nécessaires à l’approvisionnement de la table du capitaine de l’Indien, ce même bâtiment où Desfourneaux, arrêté, fut embarqué provisoirement.

Dans son discours prononcé à la tribune du conseil des Cinq-Cents, le 4 février 1798, Sonthonax a prétendu que T. Louverture aurait voulu faire signer sa dépêche ci-dessus parles officiers de la garnison du Cap qui s’y refusèrent. Le langage tenu dans cette dépêche, sous la forme du pluriel, sa fin surtout sembleraient donner créance à cette allégation[1]. Mais nous doutons qu’un chef du caractère de T. Louverture ait conçu une pareille idée ; il a pu tenir ce langage ainsi, pour parler au nom de l’armée dont le concours et l’obéissance lui étaient assurés, pour prouver que tel était son vœu, mais sans soumettre cette dépêche à la signature des officiers ; et quand Sonthonax dit qu’ils refusèrent unanimement, cela même fait admettre le contraire de ce qu’il avance. Il ajoute « qu’on allait se porter contre T. Louverture aux dernières extrémités, lorsque, pour éviter l’effusion du sang, l’insurrection de la plaine, l’incendie des propriétés et le massacre des propriétaires, il annonça à tous les fonctionnaires publics qu’il allait se rendre en France au Corps législatif. »

Le fait est que quelques officiers, entre autres l’adjudant — général E. Mentor et plusieurs blancs, qui n’approuvèrent pas le départ de Sonthonax, — « qui avaient refusé à Toussaint Louverture, dit P. de Lacroix, leur assen-

  1. Dans son rapport, J. Raymond affirme que plusieurs de ces officiers signèrent cette lettre qui fut rédige, dit-il, par Pascal, en ajoutant que c’était du consentement de Sonthonax. Mais c’est évidemment un mensonge.