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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/368

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les hommes de couleur, de projeter l’indépendance de la colonie, par la destruction de la race blanche, pour établir le triomphe de la couleur jaune sur l’ignorance des noirs. Ce moyen avait parfaitement réussi ; on l’employa contre lui pour le dépopulariser en France et dans la colonie : châtiment auquel sont toujours exposés ceux qui n’agissent pas de bonne foi ; ils réussissent souvent dans leur œuvre coupable, mais, à la fin, le temps de la justice arrive ; ils tombent par les mêmes moyens dont ils se sont servis.

Dans les débats entre lui et les colons, Sonthonax n’avait-il pas démontré cette vérité par rapport à eux ? Il a subi le même sort qu’eux. À son tour, nous verrons bientôt J. Raymond puni par le mépris de T. Louverture et d’Hédouville. Hédouville échouera de même. T. Louverture aura son tour aussi ; et la France elle-même sera punie par la perte de sa colonie, parce que ses gouvernemens auront imaginé un système politique contraire à la raison et à leur devoir envers la vraie population de ce pays.

Il paraît, au contraire, que Sonthonax reçut l’injonction polie de T. Louverture de vider la colonie, au moment où il s’y attendait le moins. Nous venons de voir que le 18 août, T. Louverture l’avertit que le lendemain, 19, il passerait une grande revue des troupes de la garnison du Cap, et que Sonthonax lui répondit qu’après cette revue, il irait chez lui pour conférer ensemble sur les moyens d’améliorer leur sort. Cela n’annonce pas une intention de quitter Saint-Domingue. Le 18 même, il expédia 28 lettres à divers fonctionnaires publics ; le 19, encore 15 autres, et le 20, quinze autres.

Mais, ce dernier jour, T. Louverture, après avoir vu les troupes la veille, dans toute la pompe militaire, dans tout