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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/353

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leurs tant à sa manière de voir les choses, d’après ses passions.

Mais il a eu beau consoler T. Louverture, celui-ci resta mécontent de l’insuccès de son entreprise contre Saint-Marc, effectuée immédiatement après qu’il eut reçu le grade de général en chef : au lieu d’un triomphe qui devait rehausser cette position, ce fut un revers ; et son orgueil, son amour-propre en souffrirent. Il eut en même temps d’autres sujets d’irritation : ce fut l’insubordination qui se manifesta parmi ses troupes, toujours si dociles. Ecoutons Kerverseau, parlant au ministre de la marine :

« Une opération militaire sur Saint-Marc, ridiculement combinée, ayant été, comme elle devait l’être, suivie d’une déroute honteuse, il s’en prit au gouvernement de son ineptie et de ses revers, et retourna aux Gonaïves cacher sa honte et méditer sa vengeance. Divers symptômes d’insubordination qui se manifestèrent dans ses troupes aigrirent ses mécontentemens et irritèrent ses soupçons. Les tentatives que fit Sonthonax pour pénétrer le mystère d’une correspondance très-suivie qu’il entretenait avec Rigaud, les fixa sur ce commissaire… »

Quant à l’insubordination des troupes, il paraît qu’elle fut réelle ; car nous remarquons une lettre de Sonthonax à Édouard, colonel du 2e régiment, en date du 21 juin, où il est question de la désertion de 200 hommes de ce corps avec armes et bagages. La désunion paraît avoir existé aussi entre les généraux secondaires ; car Moïse, qui était dans l’attaque contre Saint-Marc, ayant écrit une lettre à Sonthonax où il se plaignait hautement de Dessalines et d’Agé, Sonthonax lui en fit des reproches, par sa réponse du 14 juin.

Le 5 juillet, il répondait aune lettre de T. Louverture