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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/344

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telle maladie pouvait être traitée d’autant mieux au fort Picolet, qu’il y avait un air plus pur que dans la ville : il réduisit en même temps le personnel des gens qui devaient l’y accompagner, à une femme et un domestique, en ordonnant à Léveillé d’interdire toute visite au grand nombre de femmes qui venaient le voir. C’était le 21 juillet.

Le même jour, il en donna avis à T. Louverture et à Moïse. Le 23, il écrivit de nouveau à T. Louverture :

« Je vous ai prévenu que la gravité des faits dont ce général était inculpé, avait déterminé la commission à s’assurer de sa personne et à le détenir au fort Picolet. Si la commission avait suivi la marche rigoureuse de la loi elle eût livré le coupable à un conseil militaire ; si elle eût écouté les conseils que des hommes de tous les états et de toutes les couleurs lui ont donnés, elle eût déporté pour France le général coupable d’avoir compromis la tranquillité publique. La commission n’a pas adopté le premier parti, parce que, plus indulgente que sévère, il lui a suffi de prévenir le mal en s’assurant de celui qui voulait le faire ; elle a rejeté le second, parce que, outre que la commission ne se conduit pas par la clameur publique, elle n’a pas cru qu’il fût politique d’envoyer en France un officier supérieur qui a bien mérité de la République, le 30 ventôse an iv, en soutenant la dignité du gouvernement français à Saint-Domingue, et en couvrant, pour ainsi dire, de son corps la première autorité de la colonie. Détenir le général Pierre Michel jusqu’à la paix serait donc le parti le plus sûr, le plus convenant, le plus politique, et sans contredit le plus indulgent. Il pourrait, ou rester ici à Picolet, ou auprès de vous au Morne-Blanc (fort des Gonaïves). Ce sera vous qui en déciderez ; c’est sur votre avis seul, sur les mesures que vous me conseille-