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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/342

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Rigaud n’en fut que plus grande, et il fut mécontent de ce qu’il appelait la faiblesse de Laplume. Il ne fut pas moins mécontent de ce que Bauvais ne voulait pas agir contre Rigaud, et à cette occasion il avait écrit le 18 juillet à E. Mentor et Annecy, qui étaient à Léogane : « Vous ne devez pas négliger d’acquérir tous les matériaux nécessaires pour développer la conduite de Bauvais, depuis la naissance des troubles du Sud, et notamment depuis l’arrivée de Chanlatte à Jacmel. »

Cependant, sa délégation aux Cayes avait fait l’éloge le plus complet de la conduite de Bauvais pendant les troubles du Sud ! Sonthonax ignorait-il que Bauvais était l’ami de Rigaud ? Quel était donc ce caractère despotique qui voulait que tout pliât à sa volonté dictatoriale ?


En veut-on d’autres preuves ? Voyons ce que Sonthonax faisait du général Pierre Michel, l’un des héros du 30 ventôse, pendant qu’il ordonnait à Mentor et Annecy de réunir des matériaux d’accusation contre Bauvais.

Il paraît que Pierre Michel, aussi brutal que Desfourneaux, était étroitement lié avec ce prisonnier. Le 5 mai, trois jours après l’arrestation de Desfourneaux, le bruit courut au Cap et dans ses environs, que Pierre Michel allait être arrêté aussi. Le commandant de Limonade, nommé Passepartout (nom guerrier), adressa une lettre à cette occasion à Sonthonax, lui disant que des gérans de plusieurs habitations en étaient inquiets. Pierre Michel lui-même lui écrivit à ce sujet le même jour. Sonthonax répondit à l’un et à l’autre, que ce bruit était sans fondement, et que s’il y avait eu lieu, Pierre Michel aurait été arrêté comme Desfourneaux.

« Il est bien vrai, dit-il à Passepartout, que pendant