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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/341

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éloquence simple, naïve et sans art plaira à nos frères de l’Ouest. » (les noirs.)

À quoi ne descend pas Sonthonax, pour convaincre Laplume ?

Et des instructions analogues furent données aux trois députés, aux deux représentans surtout qui savaient lire :

« Vous emploierez sous vos ordres le citoyen Gracia Lafortune, délégué parla commission pour prêcher dans les montagnes l’évangile de la paix et de la liberté : l’éloquence africaine, simple et sans art de ce bon citoyen deviendra un levier puissant dans vos mains. C’est à vous à le diriger sur tous les points où il pourra agir, et à tirer parti des avantages que ses effets vous procureront… Vous manderez près de vous le chef des révoltés Lafortune (compagnon de Conflans) ; vous le ferez aboucher avec le délégué Gracia. L’ascendant que doit donner à la bonne cause l’influence réunie des représentans du peuple, décidera facilement la conversion de ce Séïde de Rigaud. Surtout, citoyens, n’épargnez point les promesses ! La commission tiendra la parole de ses agens… »

Or, Étienne Mentor, chef de cette mission, était un homme de tact : il avait été déjà envoyé à Jacmel pendant les agitations occasionnées par le commandement donné à A. Chanlatte ; il avait vu ce peuple en mouvement, là et à Léogane, et il s’en était tiré heureusement. Cette seconde fois, se rappelant ces faits et ceux qui eurent lieu aux Cayes dans le mois de fructidor précédent, il se garda de suivre les instructions de Sonthonax à la lettre. Aucun d’eux n’alla dans les campagnes, ni à Jacmel, dans la crainte qu’il ne leur arrivât le sort d’Édouard, tout noirs qu’ils étaient. Après avoir passé quelques semaines à Léogane, ils revinrent au Cap. L’irritation de Sonthonax contre