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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/328

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Nous le répétons : la publicité donnée aux débats, ayant convaincu que les commissaires civils avaient été contraints de donner la liberté aux noirs, le regret éprouvé était sincère en Europe où l’on s’était habitué à leur esclavage, pour obtenir une immense production et la richesse qu’elle procure : les Européens y tiennent trop, pour avoir pu, alors, se désabuser sur ce point.

Mais, pour les hommes de couleur qu’on poursuivait alors avec acharnement, était-il de leur devoir de suivre l’inspiration d’un vil égoïsme, en contribuant volontairement à une modification quelconque de la liberté générale ? Non ! et ce n’était pas Rigaud surtout, qui avait devancé Sonthonax dans cette voie, qui pouvait s’y prêter. Résister comme il a fait, voilà quel était son devoir : il le remplit Consciencieusement ; et ce qu’il répondit à Lapointe, qu’il méprisait avec raison, prouve qu’il avait la profonde conviction, que la liberté générale devait triompher de tous les vains obstacles qu’on lui opposait, de toutes les perfides intentions qu’on avait contre les noirs. Que lui importait, en outre, la haine ou l’injustice dont Lapointe le menaçait de leur part et dont il ne souffrit jamais ? Est-ce qu’un homme politique s’arrête ainsi à de pareilles considérations, à de telles appréhensions, s’il a l’âme élevée, si les sentimens de son cœur sont d’accord avec ses principes ? Il poursuit sa marche, quel qu’en doive être le résultat* Lapointe ne pouvait comprendre ce que le devoir moral prescrivait à Rigaud.

Nous aimons à trouver dans la réponse de ce dernier, la défense judicieuse qu’il prit de T. Louverture, contre le vil serviteur des Anglais. Elle fut conséquente aux relations qui existaient entre lui et le général en chef, et dont il avait pris la louable initiative, en lui envoyant Pelletier.