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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/321

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river à ses fins. Pour lui, Desfourneaux n’était plus un instrument utile[1].

Comment Rigaud, déjà interdit, proscrit, eût-il pu se plaindre de l’élévation de T. Louverture, lui mulâtre qui ne pouvait avoir aucune prétention, lorsqu’un blanc toujours si choyé, si caressé, subissait une telle rigueur ? Et quels enseignemens ne ressortent pas de ces faits ? Naguère, Desfourneaux ne pensait qu’à enlever à Rigaud sa position : le voilà maintenant traqué par rapport à T. Louverture !


Cependant, Rigaud n’était pas resté dans l’inaction. Dans ses proclamations il avait promis de continuer à combattre les Anglais : il marcha contre eux aux trois, au milieu d’avril, pendant que T. Louverture agissait contre le Mirebalais. Il donna de nouveaux assauts au fort de ce lieu et ne put l’enlever. Ce fort avait l’avantage d’être situé tout près du rivage de la mer : la frégate la Magicienne vint s’embosser et cribla la troupe assaillants de ses boulets. Rigaud dut renoncer à cette conquête impossible ; mais il détacha un de ses bataillons qui se porta sur le bourg de Dalmarie et l’incendia.

Durant ce temps, les Anglais faisaient reprendre le Mirebalais et les Vérettes, par Dessources. Ce succès appela le nouveau général en chef sur les bords de l’Artibonite : il y vint avec une nombreuse armée, contraignit Dessources à abandonner les Vérettes, le poursuivit et le tailla en

  1. Dans son rapport, J. Raymond attribua l’arrestation de Desfourneaux à une protestation qu’il rédigea pour être envoyée en France, contre les élections du mois d’avril. Sonthonax a pula prendre pour prétexte ; mais le vrai motif fut le désir d’élever T. Louverture. D’ailleurs, J. Raymond, resté au Cap, n’aurait pu l’avouer sans déplaire au général en chef dont il fut le complice dans rembarquement de Sonthonax.