Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/320

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Domingue. Inspiré par l’amour du bien public et le bonheur de mes concitoyens je ne suis point ébloui par l’éclat des grandeurs… Mes vœux seront à leur comble, et ma reconnaissance parfaite, si, avec l’aide de Dieu, je suis assez heureux pour pouvoir, après avoir expulsé les ennemis de la colonie, dire bientôt à la France : — L’étendard de la liberté flotte enfin sur la surface de Saint-Domingue ! »

Cette dernière phrase était à l’adresse du Directoire exécutif : T. Louverture l’écrivait pour être communiquée par Laveaux, son prôneur obligé ; et il venait de laisser Sonthonax stupéfait de son brusque départ du Cap ! Il méditait déjà son renvoi de la colonie ; il se conciliait d’avance l’approbation du Directoire exécutif.

C’est donc l’arrivée de T. Louverture au Cap, désirée par Sonthonax, qui détermina l’arrestation de Desfourneaux ; c’est pour pouvoir élever le noir que le blanc fut ainsi maltraité. Il reçut le grade de général en chef, le 3 mai.

L’appréciation de ces faits par Kerverseau nous explique toute la pensée de Sonthonax. Arrêter Desfourneaux arbitrairement, c’est n’avoir contre lui aucun motif plausible, avouable. Nommer immédiatement un autre général de division au rang de général en chef, c’est prouver qu’on a voulu se débarrasser violemment de l’autre pour arriver à ce résultat. Desfourneaux était plus ancien que T. Louverture ; il arriva général de division avec l’agence. Laveaux étant congédié depuis quelques mois, c’était à Desfourneaux qu’eût dû revenir cette haute promotion, et en l’arrêtant, il n’y avait plus d’obstacle aux vues qu’on se proposait.

Cette conduite seule suffit pour faire juger du caractère de Sonthonax et de la passion qu’il savait mettre pour ar-