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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/32

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chapeau de général : récompense due à sa valeur et à son activité. Il reçut aussi un autre témoignage de confraternité militaire, de la part de Rigaud, qui lui adressa une lettre de félicitations pour ses brillans succès[1].


En félicitant ainsi son camarade d’armes, c’est qu’il venait lui-même de prouver qu’il était digne aussi de son approbation. En effet, les hommes de couleur de Léogane s’étaient repentis déjà d’avoir déserté le drapeau français pour se placer sous la bannière britannique. Ils avaient formé une conspiration dans le but de replacer cette ville sous l’autorité nationale, et envoyé des émissaires à Rigaud pour l’avertir de leur projet, afin d’en être secourus. Rigaud invita Bauvais de concourir avec lui à l’attaque de Léogane, en lui envoyant une partie de la légion de l’Ouest, infanterie, artillerie et cavalerie. Ces troupes se rendirent au Grand-Goave, où Rigaud les joignit avec la légion du Sud. Evitant le fort del’Acul-de-Léogane occupé par les Anglais, il se porta devant la ville de Léogane qu il enleva d’assaut, dans la nuit du 5 au 6 octobre, après un combat acharné qui dura deux heures, suivant le compte qu’il en rendit à Laveaux. Le fort Ça-Ira, jadis fort La Pointe, situé à l’embarcadère de Léogane, fut également enlevé des mains des Anglais. Le poste de l’Àcul subit le même sort.

Les Anglais ayant découvert la conspiraion des hommes de couleur, avaient emprisonné tous ceux qui ne purent pas s’évader de la ville. Campan, chevalier de Saint-Louis et colon propriétaire dans cette paroisse, la commandait en chef. Elle était parfaitement fortifiée, flanquée de bastions

  1. Vie de Toussaint Louverture par M. Saint-Rémy, p. 128.