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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/296

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arbitraire placée au Cap. Cette disposition s’accrut bientôt par la décision prise par la métropole, et cette décision devint une des causes de la guerre civile du Sud, que la mission du général Hédouville et celle de Roume décidèrent : ainsi l’avait arrêté, médité le gouvernement français, aidant parfaitement les vues de la faction coloniale[1].

Cependant nous allons dire dans un instant ce que fit André Rigaud, pour prévenir cette guerre qu’il pressentait dans la politique machiavélique de la métropole et de ses agens.

En attendant, convaincu que tout homme qui arrive au pouvoir par l’ascendant de son génie ou de ses services, a des obligations sacrées à remplir envers le peuple qui lui défère son salut, Rigaud se soumit au vœu de ses concitoyens par la proclamation suivante, en date du 15 janvier 1797 :


La proclamation de la commission du gouvernement, en date du 23 frimaire, a jeté l’alarme dans le département du Sud : la commune des Cayes, les autres communes ont expliqué leurs intentions.

Le salut du département entier, les craintes qu’éprouvent ses habitans, la conservation de leurs vies et de leurs propriétés, la défense de leur pays, leur ont inspiré une mesure qui m’impose l’obligation de rester à mon poste, lorsque je pensais que mon devoir était de le quitter.

Inculpé dans de malheureux événements dont il est inutile de rappeler ici le souvenir, ma justification devant se porter en France au tribunal suprême, à qui la décision en est déférée, mon devoir était d’y comparaître, d’aller y porter ma tête ou faire éclater mon innocence.

  1. Même sous ce rapport, le Directoire exécutif a justifié l’épithète d’imbécile appliquée à sa politique par M. Lepelletier de Saint-Rémy ; car, si elle réussit en faveur des colons et de toute la race blanche à Saint-Domingue, les excès commis par eux, dans leur réaction, devaient inévitablement amener leur expulsion, leur exclusion de ce pays. Nous examinerons plus tard si celle politique ne fut pas aussi perverse qu’imbécile.