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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/290

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leur, pour pouvoir réagir un jour contre la liberté des noirs ?

En signalant les six personnes désignées par leurs noms, elle y mêle, on ne sait pourquoi, Duval Monville et Salomon, deux blancs. Et pourquoi pas Gavanon et Tuffet Laravine, arrêtés et embarqués comme conspirateurs ? N’était-ce pas une inconséquence flagrante ? L’accusation individuelle portée contre Pinchinat n’avait d’autre but que d’exciter les noirs contre les hommes de couleur : Sonthonax leur rappelait l’affaire des suisses. Nous l’avons traitée dans notre premier livre : nous n’y revenons pas.

C’est sans doute une pénible tâche pour une autorité despotique et violente, de décider entre ses agens imprudens et malveillans, et toute une population qui s’arme pour résister à l’oppression : elle ne peut pas les condamner publiquement, surtout lorsqu’ils n’ont fait qu’exécuter ses ordres vexatoires. Mais aussi, elle ne peut pas caractériser comme moraux des faits blâmables, coupables. S’ils ont existé au vu et su de tout le monde, les épithètes sage et modérée ajoutées au mot conduite, — fausses et calomnieuses à celui d’accusations, ne détruiront pas ces faits : ils resteront tels qu’ils ont existé ; seulement, l’autorité se déconsidère en voulant les justifier par un tel sentiment d’injustice : elle fait naître la répulsion.

Notons encore une inconséquence de la part de l’agence. Elle croyait pouvoir exercer l’autorité nationale dont elle était revêtue, en signalant André Rigaud comme l’auteur de tous les crimes qui ont été commis ; elle disposait du commandement de plusieurs arrondissemens en faveur de trois généraux ; mais que faisait-elle, qu’ordonnait-elle pour le reste du département du Sud soumis à Rigaud ?