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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/267

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au Cap, pour lui dire la cause des troubles survenus dans cette ville et dans la plaine : « Nous ne vous cacherons pas que ces malheurs doivent leur origine aux mesures imprudentes, arbitraires et vexatoires de vos délégués, et notamment du général Desfourneaux… »

Comment l’agence eût-elle accueilli ces explications, quand elle avait envoyé ces hommes pour agir ainsi ? Ils furent approuvés, loués !

Apprenant dans sa retraite, les événemens des Cayes, Pinchinat y revint le 5 septembre. Leborgne et Kerverseau, qui étaient complètement annulés, depuis qu’ils avaient chargé Rigaud de tous les pouvoirs ; qui se trouvaient dans l’isolement qui suit la déchéance de toute autorité, firent prier Pinchinat par le général Bauvais, de venir les voir. Comme il mettait peu d’empressement à se rendre auprès d’eux, ils lui envoyèrent en core d’autres personnes à cet effet : Pinchinat céda enfin et les vit. Leborgne lui témoigna tous ses regrets d’avoir été chargé de le faire arrêter, blâma cette mesure injuste, en le félicitant de n’avoir pas été au Cap, en lui promettant de tout faire auprès de l’agence pour la porter à revenir à des sentimens plus convenables à son égard. Quand, quelques semaines plus tard, ces deux délégués s’embarquèrent aux Cayes, Pinchinat les accompagna jusqu’à bord du navire, leur donnant ainsi le témoignage de l’oubli du passé. Ces détails peuvent paraître inutiles à l’histoire ; mais nous les consignons ici pour avoir le droit de dire que, rendu au Cap, Leborgne fit tout le contraire de ses promesses : son rapport imprimé atteste la haine qu’il portait à Pinchinat, à qui il attribue d’avoir été dans la plaine des Cayes, avec Augustin Rigaud, pour exciter les noirs contre tous les blancs, pour les faire égorger. Et ce rap-