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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/263

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troupes qu’il y avait amenées ; mais il ne put arriver aux Cayes que le 31 août. Tiburon est à 25 lieues des Cayes.

Durant ce temps, Desfourneaux et Rey, reconnaissant qu’ils ne pouvaient lutter contre ce mouvement populaire, s’embarquèrent dans un bateau pour fuir cette ville, agitée en grande partie par eux. Mais les forts ayant tiré sur ce bateau, ils se jetèrent en toute hâte dans un frêle canot et se firent porter sur l’Ile-à-Vaches, d’où ils poursuivirent leur voyage aux Gonaïves, et ensuite au Cap.

Pour colorer cette fuite inconcevable de la part de deux militaires, les délégués Leborgne et Kerverseau prétendirent avoir pris un arrêté où ils déclaraient « que la délégation resterait à son poste, jusqu’à ce qu’elle en soit chassée par la force ou rappelée par ses commettans. Elle chargea le délégué Rey et le général Desfourneaux d’aller rendre compte à la commission, au Cap, des événemens qui se passaient aux Cayes. »

Avant l’arrivée de Rigaud dans la plaine, des blancs avaient été assassinés. La délégation y avait envoyé Édouard, Lilladam, P. Fontaine et Armand, noir, inspecteur de cultures, pour essayer de calmer l’effervescence des cultivateurs. Les deux premiers furent tués. Arnaud Pretty le fut également.

Ces assassinats furent évidemment l’œuvre de Lefranc et d’Augustin Rigaud, deux hommes qui ont toujours été violens et même cruels dans leurs vengeances. La postérité doit en charger leur mémoire[1].

Les noirs de la plaine, accourus aux portes des Cayes, avaient été retenus pour ne pas y pénétrer. Mais ils fini-

  1. Il paraît que Joseph Rigaud, frère noir du général André Rigaud, contribua aussi à ces assassinats : de là la pensée qu’ils exécutèrent les ordres du général. M. Hérard Dumesle l’en défend avec raison. Voyez son ouvrage intitulé Voyage dans le Nord d’Haïti, page 368.