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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/258

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Au lieu de rentrer triomphans aux Cayes, ils y revinrent le 18 août, abattus et confus. Là ils reçoivent les dernières dépêches de l’agence qui leur prescrivent :

« 1° De convoquer les assemblées primaires pour envoyer des électeurs au Cap ; 2° d’organiser des tribunaux conformément à la constitution qui, enfin, venait d’être proclamée au Cap ; 5° de procéder à l’organisation de l’armée (suivant l’esprit de la lettre précitée de Desfourneaux) ; 4° d’arrêter une fois Lefranc pour l’envoyer au Cap. » On avait déjà envoyé cet ordre d’arrestation.

C’est alors aussi qu’arriva aux Cayes la honteuse lettre ou adresse de J. Raymond, si injurieuse pour les hommes de couleur du Sud.

« Cette lettre, disent les délégués, tendait à les prémunir contre la perversité de Pinchinat et de ses manœuvres. Cette lettre excita une telle indignation, une telle rage contre son auteur, que le seul vœu que forment ceux à qui elle est adressée est de mettre en lambeaux celui qui l’a écrite ; ils affectèrent pour lui le plus profond mépris. Il est vrai que cette lettre peignait Pinchinat sous les traits les plus hideux. Le général Rigaud n’était pas épargné lui-même [1]. »

Les hommes de couleur du Sud n’avaient-ils pas raison d’être indignés contre J. Raymond, de n’avoir pour lui que du mépris, quand il attaquait ainsi l’honneur de Pinchinat et de Rigaud, pour servir bassement les passions, le ressentiment de Sonthonax, et les vues du gouvernement français ?

  1. Nous avons sous les yeux le rapport précité de J. Raymond : pour accuser Sonthonax, il le blâma d’avoir ordonné l’arrestation de Pinchinat et de Lefranc, deux hommes aussi marquant, dit-il. L’infâme ! Il passa légèrement sur son adresse qui fit tant de mal.