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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/248

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par Sonthonax pressait la délégation de mettre à exécution l’arrêté contre Pinchinat. Celui-ci en est informé et prend le parti de quitter les Cayes : il se porte dans les montagnes des Baradères, où il trouve un asile à l’abri de ces persécutions. Il sortit des Cayes le 17 juillet.

Avant de se rendre aux Baradères, étant dans la plaine des Cayes, Pinchinat avait adressé une lettre, le 18 juillet, à la délégation, pour réclamer son inviolabilité comme membre élu au corps législatif ; il lui disait qu’il n’appartenait qu’à ce corps de décider de son sort ; et en conséquence, il demandait un passe-port à la délégation pour se rendre en France. Mais elle répondit à cette lettre, en faisant paraître une proclamation où elle ordonnait de ne pas donner asile à Pinchinat, de l’arrêter et de l’amener par-devant elle. La présence de Desfourneaux lui faisait croire à sa force, parce que jusque-là aucune opposition n’était faite à aucun de ses actes.

Pinchinat était estimé et aimé des mulâtres et des noirs du Sud, qui venaient depuis peu de mois de le nommer député au corps législatif ; sa fuite et cette proclamation excitèrent autant d’indignation contre l’agence et sa délégation, que de sympathie pour lui. Les esprits s’échauffèrent, et avec raison, lorsqu’ils reconnaissaient que ces persécutions n’étaient que le résultat de la haine et d’un plan combiné contre toute la classe de couleur.

À cette cause déjà très-légitime de mécontentement, s’en joignirent d’autres non moins réelles. C’étaient les dilapidations du trésor public, la vie sensuelle des deux délégués et de Desfourneaux. Ils occasionnaient une dépense de 200 piastres par jour pour leur table ; ils prodiguaient l’argent de l’État à des filles ; ils en prenaient pour se livrer à un jeu effréné.