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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/247

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le remplacer par un autre blanc nommé Lamontagne. En procédant ainsi contre deux blancs, ce n’était pas seulement pour prouver qu’elle n’en voulait pas aux seuls hommes de couleur ; c’était pour se donner le maniement des finances, chose toujours essentielle en toutes circonstances, et surtout dans celle-ci.

Leborgne et Rey parcoururent ensuite la plaine des Gayes en compagnie d’Arnaud Pretty, pour entretenir les cultivateurs noirs de propos malveillans contre les hommes de couleur, en leur disant que ces derniers voulaient rétablir l’esclavage et se déclarer indépendans de la France, qui seule pouvait les rendre libres. Arrivés au camp Périn, Pretty insurgea la garde de ce poste contre son chef, qui fut emprisonné. Rigaud fut forcé de s’y rendre pour y mettre ordre et délivrer cet officier, qu’il rétablit dans son commandement. C’était un mulâtre.

Pinchinat, informé que la délégation était munie de l’arrêté de l’agence rendu contre lui, avec ordre de renvoyer au Cap, va auprès des délégués et leur demande si une telle mesure a été réellement prise à son égard, lorsqu’il sait n’avoir rien à se reprocher au sujet de l’affaire du 30 ventôse. Leborgne, leur chef, ose nier qu’ils soient porteurs d’un pareil ordre. Leur but était de lui inspirer de la confiance, et Leborgne l’engage alors à aller lui-même au Cap ; que ce serait le moyen de donner des explications de sa conduite à l’agence. « Pinchinat, dit le rapport des délégués, paraissait décidé à y aller de son propre mouvement. » Mais à ce moment, il apprend que la délégation a reçu un nouvel ordre de l’arrêter : c’est encore la délégation qui le dit dans son rapport.

En ce temps-là Desfourneaux arrive aux Cayes, ayant débarqué à l’Anse-à-Veau. Un troisième ordre envoyé