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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/238

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prit occasion pour déclarer qu’à son avis, lui, Giraud et J. Raymond n’ayant pu inspirer que de la méfiance, il faisait la motion expresse « au nom du salut public, au nom de l’humanité expirante dans les tourmens les plus affreux, au nom de la patrie, que son collègue Sonthonax prenne seul les rênes du gouvernement de la colonie, y rétablisse l’ordre, y fasse valoir le talisman de son nom et de ses actions passées, pour parvenir à attendre de nouvelles forces de la métropole. » Raymond et Giraud appuyèrent cette motion avec chaleur.

Il faut convenir qu’elle était de nature à blesser la délicatesse et même l’honneur de Sonthonax ; car c’était dire implicitement ou ironiquement, que ses collègues le soupçonnaient de vouloir se rendre nécessaire, en employant des manœuvres machiavéliques pour faire soulever les noirs. Aussi, repoussa-t-il cette motion en disant : — « Pour prouver que je possède exclusivement la confiance du peuple, Leblanc ose insinuer que mon nom est le cri de ralliement des révoltés, comme si, pour gouverner, il fallait avoir la confiance des incendiaires et des assassins, comme si des rebelles à la loi doivent être honorés du nom de peuple.  » En conséquence, Sonthonax déclara à ses collègues qu’il voulait rester député, mais que cédant au vœu qu’ils lui manifestaient, il ajournait son départ pour France au mois de germinal suivant ( mars-avril 1797).

Malgré l’issue de la scène survenue entre les agens, cette circonstance fut l’origine des causes qui portèrent Giraud et Leblanc à se retirer de Saint-Domingue quelques mois après.

Quand l’histoire constate de tels faits avec certitude, on a peine à concevoir que des Européens prétendent tou-