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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/236

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Après sa nomination à la lieutenance du gouvernement, T. Louverture s’était écrié : Après bon Dieu, c’est Laveaux ! Et Laveaux crut qu’il était un Dieu à Saint-Domingue pour les noirs : il dut le croire encore plus, après avoir reçu ces deux lettres de T. Louverture. Rien ne peut mieux, à notre avis, donner la mesure de la ruse et de la finesse de cet homme, que l’idée qu’il conçut de faire élire Laveaux membre du corps législatif : rien ne décèle davantage aussi tout ce qu’il y avait de fourberie et d’hypocrisie dans son caractère, que ces deux lettres. Il savait, à n’en pas douter, que Laveaux, effacé par lui et par l’agence dans la position supérieure qu’il occupait avant l’affaire du 30 ventôse, était mécontent secrètement ; et voyez comme il lui dore la pilule, avec tous les témoignages de sa sincère affection, et le console de sa déchéance en lui rappelant que Jésus-Christ a beaucoup souffert,’qu’il est mort pour tracer aux hommes sages et vertueux comme Laveaux, l’exemple de la résignation ! Aussi, parfaitement résigné, l’ex-gouverneur ne tarda pas à partir, à quitter cette terre de Saint-Domingue où il ne pouvait plus attendre que des désagrémens. Il s’embarqua le 19 octobre sur une frégate qui fut forcée de relâcher à Vigo, ayant manqué de toutes sortes de provisions, et faisant 33 pouces d’eau par heure. Ces détails se trouvent dans la lettre écrite par Laveaux à T. Louverture.

En appréciant le fait de la nomination de Laveaux au corps législatif, Pamphile de Lacroix paraît avoir ignoré les particularités que nous venons de relater. Mais il nous semble se tromper quand il dit que « T. Louverture devait tressaillir à l’idée de voir le général Laveaux quitter la colonie, étant déjà initié dans l’avenir par le commissaire Sonthonax qui, espérant plus de servilité dans