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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/234

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mes souhaits sont accomplis, que vous pouvez dire que vous avez à Saint Domingue, l’ami le plus sincère que jamais il y a eu.

Votre fils, votre fidèle ami, — Toussaint Louverture.


T. Louverture était général de division, Laveaux général en chef : Rochambeau venait d’être déporté. Desfourneaux était le seul général de division qui restait. Mais T. Louverture savait que Desfourneaux ne pouvait pas lui être préféré pour remplacer Laveaux dans le poste de général en chef, à raison même du système dont l’agence poursuivait la réalisation dans la colonie ; il sentait sa force et le besoin qu’on avait de lui. Éloigner Laveaux par la députation, c’était se frayer le chemin pour arriver à la tête de l’armée. D’un autre côté, faire élire Sonthonax en même temps, c’était aussi se débarrasser de l’homme le plus important de l’agence. Delà, le mot d’ordre envoyé à Pierre Michel et aux autres officiers noirs du Cap, de diriger, d’influencer les élections pour obtenir ce résultat. Barbault-Royer signale aussi la part très-grande prise dans ces élections, par Henri Christophe, l’un des électeurs.

Quant à Laveaux, pouvait-il se refuser à cette injonction d’aller revoir sa véritable patrie, sa femme et ses enfans, pour éviter les désagrémens prévus par son fils et son ami, pour éviter d’être le jouet des factions ? D’ailleurs, une lettre de lui à T. Louverture, du 11 décembre 1796, datée de Vigo, en Espagne, où il débarqua, nous apprend qu’il était déjà fatigué de Sonthonax, contre lequel il se plaint, et qui, dit-il, dans l’agence, faisait déplacer arbitrairement tout le monde. Laveaux accepta donc avec reconnaissance la planche de salut que lui envoyait T. Louverture. Celui-ci, en recevant son adhésion, lui écrivit de nouveau le 31 août :