Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/215

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de camp, dit-il, afin d’avoir des renseignemens certains pour ma gouverne. » Jeune officier d’une intelligence remarquable déjà, devenu par la suite un de nos militaires et de nos hommes politiques les plus capables, le plus habile administrateur des finances de notre pays, Bonnet était certainement envoyé pour voir ce qui se passait au Cap, pour fixer Rigaud sur ce qu’il avait à attendre de la part de l’autorité nouvelle arrivée dans la colonie. Rigaud avait écrit aussi à l’agence, pour la féliciter de son arrivée et lui donner l’assurance de son dévouement à la France et à sa constitution nouvelle. La réponse de l’agence, signée de Sonthonax, le complimenta pour avoir toujours correspondu avec le gouverneur Laveaux[1] ; elle lui dit qu’on n’était pas surpris de le trouver à son poste, connaissant son attachement à la République française et la haine qu’il portait à ses ennemis ; elle le félicita des succès qu’il avait eus sur eux ; elle lui dit, enfin : Vous avez protégé l’Européen faible et opprimé.

Était-ce faire de Rigaud un éloge immérité ? N’avait-il pas effectivement toujours correspondu avec Laveaux, malgré les difficultés de la guerre ? Sonthonax, dans les débats contre les colons, ne l’avait-il pas défendu, lui et les hommes de couleur du Sud ? N’avait-il pas exalté leur patriotisme, leur dévouement à la France, et la valeur militaire de Rigaud, à propos de la prise de Léogane sur les Anglais ? Tout ce que disait la lettre qu’il signa n’était donc que pure vérité, même à l’égard des Européens, des Français dont beaucoup étaient alors employés, ou dans

  1. D’après cela, que dire de cette phrase de Pamphile de Lacroix ? — « Le Sud et le Nord de la colonie, séparés par l’invasion anglaise, n’avaient jamais entretenu des relations fréquentes, qui d’ailleurs répugnaient au général Rigaud, toujours disposé à accuser le général de Laveaux, de favoriser les nouveaux libres. » Tome 1er, page 307.