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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/213

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tropie survenant ensuite, la grande et sainte voix de la Justice se faisant entendre dans les conseils des Rois, ce sera encore un homme de cette couleur jaune qui signera, avec un descendant de l’antique et respectable famille de Bourbon, l’acte aussi honorable pour la France que pour la race africaine, qui a admis au rang des nations cette population qu’on tourmentait, qu’on divisait, pour mieux la subjuguer.

Vraiment, et nous le disons dans toute la sincérité de notre cœur, plus nous avançons dans ces études de l’histoire de notre pays, plus nous reconnaissons que les hommes auraient tort de s’enorgueillir des succès qu’ils obtiennent dans les choses politiques. Quel que soit le génie d’un homme, il y a une puissance supérieure dont, il n’est qu’une faible émanation : c’est à elle, c’est à sa volonté qu’il obéit, alors qu’il croit tout faire par ses talens. Les plans les mieux concertés échouent devant cette volonté divine quia son but, qui doit l’atteindre. Et la conclusion que nous tirons de cette croyance intime, c’est que les hommes ne doivent point se haïr et perpétuer entre eux les animosités nées de leurs différends, de leurs querelles : enfans d’un même père, de cet Etre suprême qui a tout créé, ils doivent tendre sans cesse à se rapprocher les uns des autres. Là est leur devoir moral : l’enfreindre, c’est se rendre coupables du crime de lèse-humanité.

D’après ces idées, ces sentimens, nous ne devons avoir aucune aigreur contre Laveaux, Perroud, Sonthonax et ses collègues, ni contre le Directoire exécutif ou tous autres gouvernemens. Ils ont tous été les aveugles instrumens de la Providence, préparant sans le vouloir, à leur insu, l’indépendance de Saint-Domingue. Par leurs injustices récidivées envers les hommes de couleur, ils leur ont