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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/190

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pour les agens de sévir contre des individus désignés à l’avance, par la correspondance de Laveaux et de Perroud avec le ministre de la marine, avec le gouvernement français. Il fallait ôter à ces individus le droit de réclamer les garanties constitutionnelles : de là le silence, le mutisme des instructions sur l’application de la constitution ; de là le besoin d’une administration arbitraire.

Quand un gouvernement ou ses agens arrivent à de telles pensées à l’égard de certains individus, ils arrivent non moins promptement aux classes mêmes dans lesquelles on les range.

Ce préalable était nécessaire à établir, avant de parler des agens et des personnes qui les accompagnèrent. Voyons donc quels ils étaient tous.

Le premier personnage de l’agence était Sonthonax. Nous avons assez analysé ses actes dans notre deuxième livre, nous aurons assez d’actes à examiner dans celui-ci, pour que nous ayons besoin dédire en ce moment ce qu’il a été dans sa première mission. « Il fut choisi, suivant Marec, à cause même de cette mission où il avait, ainsi que Polvérel, promis aux noirs la liberté, où il avait osé leur en promettre, et même leur en procurer la jouissance provisoire, dont la convention nationale avait ratifié le moyen dans un moment d’enthousiasme[1] : » liberté, enfin, qui était de nouveau garantie par la constitution de l’an iii. C’était donc par rapport aux noirs que Sonthonax revenait à Saint-Domingue. Il revenait aussi par rapport aux hommes de couleur, mais dans un autre but.

  1. Nous demandons au lecteur si ces expressions du rapport n’indiquent pas un regret de la déclaration de la liberté générale, une arrière-pensée, dès 1796 l’égard des noirs.