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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/184

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Mais Laveaux répondit à cette accusation, inexacte sous quelques rapports :

« Qu’en avril 1795, il avait effectivement proposé d’échanger, pour les colons mécontens de la liberté générale, leurs propriétés en biens situés en France ; mais que ceux-là seuls qui admettaient la liberté générale pourraient rester à Saint-Domingue, et qu’il a d’ailleurs proposé de rembourser, c’est-à-dire d’indemniser la valeur de tous les noirs, à tous les propriétaires restés fidèles à la République ; qu’il avait donné le mode de remboursement ou d’indemnité, et qu’enfin il maintenait qu’il ne fallait pas revenir sur le décret du 16 pluviôse. »

Si telle fut sa manière de voir, de résoudre la question de l’abolition de l’esclavage, alors qu’en France le parti colonial intriguait pour faire revenir sur ce décret, on doit convenir, qu’en proposant d’indemniser les colons pour la valeur vénale de leurs anciens esclaves, il leur fournissait des armes pour prouver la nécessité du rétablissement de l’esclavage, puisque d’abord il ne croyait pas, évidemment, qu’en vertu des principes de la révolution, de la déclaration des droits de l’homme, la convention nationale fût dans le devoir de décréter la liberté générale, et qu’ensuite les finances obérées de la France ne lui permettant pas de songer à indemniser les colons, on en viendrait naturellement à l’idée plus simple de rétablir l’esclavage au moyen des forces imposantes qu’il réclamait.

Après cette correspondance de Laveaux et de Dufay, après son écrit en réponse à Vaublanc, peut-on admettre que ce gouverneur de Saint-Domingue fut plus attaché aux noirs qu’aux hommes de couleur ? Il n’y a, selon nous, qu’une réponse à faire à cette question : Non !

Pour remplir sa mission spéciale dans la partie de Saint--