Ouvrir le menu principal

Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/183

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nécessité de rendre à la culture un grand nombre de cultivateurs, et je suis de ton avis sur le besoin d’avoir à Saint-Domingue une force imposante de troupes européennes. Si, dans le temps, j’ai dit qu’on trouvait de grandes ressources dans les seules troupes du pays, c’est qu’alors il fallait tenir ce langage, et j’étais sûr qu’on ne m’en aurait pas données ; mais dans le particulier, dans l’intérieur des comités du gouvernement, je parlais confidentiellement d’une autre manière : un jour je t’expliquerai tout cela. »

Voilà le langage intime et confidentiel du député du Nord, qui fit à la convention nationale, le 16 pluviôse an ii, (4 février 1794), l’exposé de la situation de Saint-Domingue, en démontrant que Sonthonax avait été contraint de proclamer la liberté générale des noirs : exposé qui porta la grande voix de Danton à en demander la confirmation par le décret du même jour.

Il ressort de cette lettre de Dufay, que Laveaux, le cher et bon papa des noirs, était en correspondance avec lui et faisait sentir, en France, la nécessité d’une force imposante de troupes françaises dans la colonie, pour rendre à la culture, ces noirs qui combattaient contre les Anglais et qu’il avait fait enrégimenter. Aussi citerons-nous ici, parce que c’en est l’occasion, les passages suivans d’un écrit de Laveaux, du 19 juin 1797, publié à Paris, en réponse à un discours prononcé au conseil des Cinq-Cents, par Viennot Vaublanc, colon de Saint-Domingue. Vaublanc l’accusait à la tribune d’avoir écrit au comité de salut public, en vendémiaire an iii (octobre 1794), qu’il fallait déporter les colons, tous les blancs de Saint-Domingue et les dépouiller de leurs propriétés, en leur donnant en échange des biens nationaux en France.