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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/176

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N’envoyez rien au ministre de la marine, sur l’affaire du 30 ventôse, avant mon retour au Cap. Préparez le compte que vous en avez à rendre, de la manière la plus claire, et sans la moindre observation. Que tous les noms des pervers qui ont commis le crime soient bien tracés avec les époques, les arrêtés de la municipalité en extrait, et sans réflexions.

Vous ne perdrez pas de vue que cette grande machination est le travail empoisonné des Léopardins qui sont toujours derrière le rideau, quand il y a la plus petite scène révolutionnaire. Ce sont ces ennemis de la chose publique qui soufflent le poison de la discorde et alimentent le désordre qui déchire la colonie. Tous les ennemis de la liberté générale servent ces hommes dangereux ; il y a des blancs, des mulâtres et des noirs qui sont leurs satellites. Les premiers, comme les plus instruits, sont les moteurs des crimes ; ce sont eux qui les propagent par la main des autres. Les seconds, toujours ambitieux et inquiets sur ceux qui peuvent les dévoiler, servent avec chaleur les premiers dans leurs projets destructeurs. Les derniers, en bien plus petit nombre, sont les instrumens passifs des deux autres classes, quand, toutefois, leur ignorance et leur crédulité deviennent victimes des manœuvres captieuses des pervers qui souillent cette terre…

Pour placer les classes d’hommes d’après l’état de nature, l’on met les mulâtres les derniers, comme descendans des blancs et des noirs ; relisez les lettres du citoyen Roume, vous y trouverez cet ordre hiérarchique…

Le citoyen Roume vient de donner une nouvelle preuve de générosité à Villatte ; il vient de lui écrire pour le rappeler à son devoir et réparer, s’il se peut, la faute énormissime qu’il a faite en quittant son poste…

J’aurais trop de choses à vous dire, si je vous entretenais de tout ce que le citoyen Roume m’a communiqué sur le sort de Saint-Domingue. Je vous instruirai de tout, quand je serai près de vous.


Le lendemain, 11 mai, Perroud écrit encore à Laveaux :

« Que nous sommes heureux, mon cher gouverneur, d’être Français ! Combien nous jouirions, si les monstres de contre-révolutionnaires, par les mains et le souffle impur des Léopardins, n’avaient point mis de désunion