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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/168

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C’est là, c’est dans cette communauté de malheur, que T. Louverture dut se convaincre que la cause du noir et du mulâtre était indivisible, et qu’il avait eu tort de s’affaiblir lui-même, en suivant les inspirations de Laveaux et de tant d’autres dans la suite. Quel beau rôle n’eût-il pas joué, quelle belle et noble mission n’eût-il pas remplie alors, s’il eût usé de son influence comme lieutenant au gouvernement, pour modérer le juste mécontentement de Laveaux ? Au lieu de reproches à adresser à sa mémoire, l’historien n’aurait eu que des éloges à faire d’une telle conduite.

Dans l’aveuglement de son ambition, il a osé dire des mulâtres, qu’ils étaient des monstres que l’enfer a vomis sur la terre de Saint-Domingue ! Mais, s’ils n’ont été que des êtres produits par l’union des deux races européenne et africaine, ce sont donc ces deux races d’hommes qui sont elles-mêmes l’enfer ! Cette conséquence est logique, si l’on admet ces prémisses énoncées par un sentiment passionné. Voyez à quoi aboutit l’injustice !

Sous un autre rapport, et si l’on pouvait se permettre d’imiter l’injustice d’un tel raisonnement, ne pourrait-on pas dire des mulâtres — qu’ils sont les vrais enfans des colonies, puisqu’ils y sont nés par la volonté de Dieu, auteur de toutes choses ? [1] Tout blanc peut réclamer l’Europe pour sa patrie, tout noir l’Afrique pour la sienne ; mais le mulâtre, à cause de sa couleur jaune, ne peut jouir

    ils étaient tous trois l’objet, et que, certainement, ils ne méritaient pas de la part de la France.

    Mars Plaisir, autre mulâtre, son fidèle domestique, donna aussi à cet homme célèbre et malheureux, les preuves du plus profond dévouement. »

  1. « Encore un coup, dit Moreau de Saint-Méry, c’est l’homme de ce climat qui brûle. » Tome 1, page 76.