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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/161

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liberté et à l’égalité, pour remettre entre les mains de dominateurs imbéciles, le sort des hommes (les noirs) qui lui doivent leur existence civile et politique. Loin de moi cependant l’idée de confondre tous les hommes de couleur avec les perfides agitateurs de la colonie. Non, je sais qu’il en est un grand nombre qui ont mérité et obtenu le plus haut degré d’estime, et loin de les envelopper dans le mépris que méritent les autres, je les trouve d’autant plus recommandables, qu’ils ne manqueraient pas d’exemples propres à les entraîner vers le mal, s’ils étaient capables d’y tomber. »

Cet ancien gouverneur de Saint-Domingue, alors à Paris, avait encore le cœur gros par le souvenir du coupable attentat commis sur sa personne : l’excuse de ce jugement porté contre la masse des hommes de couleur est naturellement dans ce fait exorbitant. Nous remarquons seulement qu’il eut tort d’avancer cette assertion : que ce furent les seuls hommes de couleur du Cap qui ourdirent ce complot. Le rapport de Marec, que nous venons de citer, nous dispense ici de réfuter le jugement de Laveaux sur l’impéritie et l’imbécilité des mulâtres ; et nous regrettons vraiment qu’il n’ait pas désigné nominativement quelques-uns du grand nombre de ceux qu’il exceptait de son mépris : peut-être y aurions-nous trouvé le nom de celui qui, par un sentiment de justice, se trouvant à la tête d’un gouvernement républicain, assura le sort des noirs et leur liberté en partageant entre eux les propriétés des blancs colons. Car, nous l’avons dit, et personne ne peut en disconvenir, c’est surtout par la propriété qu’on garantit aux hommes leur liberté naturelle, en leur procurant cette indépendance individuelle qui la leur assure dans la société civile. Pétion, enfin, a prouvé qu’il pouvait se