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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/150

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en prison aux Gonaïves, les mulâtres Guy, de la Petite-Rivière ; Chevalier, de Terre-Neuve ; et Danty, du Gros-Morne. Ce fut sans doute la cause du retard qu’il mit à se rendre au Cap, et par suite du plan que ses lettres à Laveaux, des 1er, 12 et 18 mars, ont semblé nous indiquer entre eux. Car, pourquoi arrêter des chefs militaires, ses lieutenans, qui étaient si éloignés du Cap, et qui ne faisaient rien en rapport à ce qui s’y passait alors ? Pourquoi ces précautions, s’il n’y avait pas déjà un projet à cet effet ?

À propos de l’imputation relative aux chaînes, Laveaux nous explique comment et pourquoi il s’adjoignit T. Louverture en qualité de lieutenant au gouvernement.

« Cet horrible moyen de sédition étant déjoué, on en chercha d’autres. On affecta de répandre que les blancs possédaient toutes les places qui auraient dû être partagées entre les diverses couleurs ; qu’il était affreux de voir toute l’autorité entre les mains d’un homme unique, et que cet homme unique fût un blanc. On m’insinuait de m’adjoindre Villatte (Villatte vaincu et obligé de fuir !), et que ce moyen seul pouvait ramener le calme. Je compris que je ne réussirais à bien affermir la confiance que m’avaient accordée les noirs, qu’en m’adjoignant en effet un homme d’une autre couleur ; mais je ne crus pas que cet honneur dût être la récompense de la perfidie et de la trahison. Je pris donc mon parti, et fis reconnaître pour adjoint au général gouverneur, le brave, le fidèle Toussaint Louverture. Ce choix fit autant de plaisir aux noirs et aux blancs, qu’il déplut aux amis et complices de Villatte (les mulâtres). »

Dans la relation de ce fait qu’il envoya en France, Laveaux avait dit, d’après Maire, au lieu d’une insinuat-