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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/132

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« Il existe d’autres personnes qui se permettent de dire qu’elles ne marcheront que sous les ordres de Villatte et les chefs d’un parti qui est formé, mais qui n’ose éclater, et Rodrigue est encore chef de ce parti.  »

Ce pauvre Rodrigue avait eu le tort, en effet, d’aimer Villatte pour sa bravoure, pour la douceur de son commandement depuis que Laveaux et Sonthonax étaient sortis du Cap, en octobre 1793, et parce que cet officier avait partagé la misère et les privations qui accablèrent les troupes et les habitans pendant que les Anglais et les Espagnols bloquaient ce port, et que Jean François, Biassou et T. Louverture, au service de l’Espagne, resserraient l’enceinte du Cap par leurs bandes. Et c’était en janvier 1796, lorsque la Vénus ne pouvait quitter cette rade, à cause de la présence des bâtimens anglais, que Rodrigue aurait conçu le projet de rendre Saint-Domingue indépendant de la France ! Mais Pinchinat était alors au Cap, et dans l’esprit de Laveaux, c’était lui qui soufflait cette idée, qui était chef du parti qui n’osait éclater.

« Il existe, ajoute Laveaux, une jalousie abominable entre les citoyens de couleur contre les blancs et les noirs. Les citoyens de couleur sont au désespoir de ce que ce n’est pas un d’eux qui soit gouverneur de Saint-Domingue ; ils se permettent de dire : — C’est mon pays et non pas le sien : pourquoi nous donner des blancs pour gouverner, pour administrer notre pays ? — Les citoyens de couleur ont été au désespoir de voir T. Louverture (noir) élevé au grade de général de brigade ; et toute l’armée venue de France a été enchantée parce qu’il a bien combattu. Tous les hommes de l’armée de T. Louverture en ont été enthousiasmés. »

Or, dans cette armée se trouvaient beaucoup de mu-