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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/126

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Pompée, en disant : « On les traduisit dans les prisons ; ils ont fini misérablement leurs jours, soit qu’ils fussent dévorés de chagrin et navrés de désespoir, de ce que leurs projets avaient été déconcertés, soit que, prévoyant que l’énormité de leur crime appelait sur leurs têtes un exemple éclatant de justice, ils aient préféré détruire en eux le germe de la vie et finir ainsi leur exécrable carrière. »

Cette déclamation n’est nullement convenable de la part de Rigaud. Elle prouve qu’il a bien su comment ont péri ces deux hommes. Chef supérieur, il n’aurait pas rempli son devoir si, n’ayant ordonné que la détention de ces malheureux, il n’eût pas fait rechercher la véritable cause de leur mort. L’autorité publique ne doit pas se jouer ainsi de la vie des hommes : c’est à la loi à les punir quand ils le méritent, à les protéger quand ils ne sont pas réellement coupables.

Produisons ici une lettre de T. Louverture à Laveaux, écrite le même jour, 23 février, après qu’il lui eut rendu compte du retour de Docteur et de Maurepas. Les actes sont ce qui sert mieux à faire connaître les intentions, et les faits subséquens qu’on ne pourrait souvent expliquer, si on les ignorait. Nous tenons beaucoup à juger nos révolutionnaires par leurs propres actes.

« Malgré que je vous aie écrit et vous aie donné avis de l’arrivée de mes députés que j’avais envoyés auprès de Dieudonné, je me suis réservé à écrire particulièrement ce que je vais vous marquer. Laplume, commandant-général du camp Néret, d’après ce que mes envoyés lui ont dit, a envoyé auprès de moi son fils nommé Rive, et un homme de confiance. J’ai causé beaucoup particulièrement avec eux… Je vous prie, mon général, de m’ac-