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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 3.djvu/122

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de ne pas reconnaître l’autorité des mulâtres. Les Anglais méditant une attaque contre Léogane, ces auxiliaires devenaient excessivement dangereux pour cette ville et les républicains. Il fallait trouver moyen de mettre un terme à l’indépendance de tels hommes, gagnés aux ennemis que l’on combattait. Le baron de Montalembert surtout exerçait un grand empire sur eux.

Convaincu, comme Rigaud et Bauvais, du danger que présentait cette situation, T. Louverture écrivit une lettre à Dieudonné, le 12 février 1796, qu’il lui fit porter par deux de ses officiers, Docteur et Maurepas. Nous y remarquons les passages suivans, après qu’il lui eut parlé de la nécessité de se ranger franchement sous les bannières de la France, que lui-même avait adoptées, en abandonnant les Espagnols.

« Si quelques raisons particulières, que j’ignore, vous empêchent d’avoir confiance dans les généraux Rigaud et Bauvais, le gouverneur Laveaux, qui est notre père à tous, et en qui notre mère-patrie a mis sa confiance, doit mériter la vôtre. Je pense que vous ne me la refuserez pas aussi, à moi qui suis noir comme vous, et qui vous assure que je ne désire autre chose dans le monde que de vous voir heureux, vous et tous nos frères indistinctement… Ainsi vous devez être uni avec les généraux Rigaud et Bauvais qui sont, j’en suis sûr, de bons républicains, puisque notre patrie les a récompensés de leurs services. Quand même vous auriez quelques petites tracasseries ensemble, vous ne devez pas vous battre contre eux… Croyez-moi, mon cher ami, oubliez toute animosité particulière, réconciliez-vous avec vos frères Rigaud et Bauvais : ce sont de braves défenseurs de la liberté générale, qui, j’en suis sûr, aiment trop leur