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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/91

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4 décembre, vous avez particulièrement renouvelé, dans une circonstance périlleuse, la déclaration des mêmes principes. Pour fermer la bouche aux agitateurs, et rassurer à jamais les bons citoyens, vous avez plus particulièrement encore consacré que, s’il était possible que l’assemblée nationale égarée pût se porter à oublier les prérogatives des habitans de Saint-Domingue et à détruire dans le régime colonial le germe de sa prospérité, vous déclariez que vous ne vous rendriez jamais l’exécuteur d’une pareille injustice ; vous déclariez que vous vous y opposeriez de toutes vos forces, que vous en faisiez le serment solennel.

Et c’est au mépris d’une déclaration aussi solennelle, et c’est sous les yeux de la loi même que des citoyens, égarés par une trop grande susceptibilité, que vous avez même désapprouvée par votre proclamation du 24 février dernier, viennent attenter sur les propriétés de leurs concitoyens, en enlevant publiquement et à main armée, jusque dans l’asile des citoyens, des esclaves dont la plupart sont la seule propriété de leurs maîtres !…

Jetez les yeux alors, citoyen commissaire, sur les suites affreuses qui peuvent en résulter, si l’on opposait quelque résistance à leurs demandes, et qui, au fond, n’auraient rien d’injuste, puisqu’elles ne seraient le résultat que des promesses qui leur auraient été faites. Il est sans doute impossible d’admettre aucune différence entre le mulâtre et le nègre esclave, puisque, suivant l’esprit de la loi et conformément à l’intention de tous les citoyens, l’état d’homme libre doit seul distinguer tous les individus existans dans la colonie, cette observation juste et qui peut entraîner par ses conséquences de très-sérieuses réflexions, mérite, citoyen commissaire, que nous vous priions d’y donner toute votre attention…


Cette pétition nous apprend que dans l’enrôlement opéré, on avait surtout pris les mulâtres esclaves.

Que pouvait opposer Sonthonax à une telle mise en demeure, fondée sur ses propres déclarations et celles de ses collègues ? N’était-ce pas aussi une protestation anticipée contre la liberté générale que ce commissaire se vit forcé de proclamer quelques mois après ? Aussi écrivit-il à la municipalité une lettre où nous remarquons ces passages :