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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/88

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À cette proclamation énergique, A. Chanlatte ajouta une adresse à tous les hommes de couleur de l’Ouest, pour les inviter à seconder les mesures du commissaire civil. La voici :


Frères et amis,

Quoi ! tandis qu’au milieu du désordre et de l’anarchie, quelques courageux citoyens blancs nous donnent l’exemple de leur dévouement à la mère-patrie, en combattant pour le maintien des lois, pourrait-il s’en trouver parmi nous qui restassent encore dans une lâche et coupable inaction ? Quoi ! nous qui devons tout à cette mère-patrie dont nous tenons l’existence, nous aurions la bassesse de l’abandonner, à l’instant même où ses délégués sont menacés ? Non… loin de nous une idée aussi barbare. Les hommes de la zone torride portent un cœur reconnaissant, et leur vie n’est plus rien quand la loi a parlé. Réunissons-nous donc, frères et amis ; prouvons à la République française que nos cœurs sont indignes d’ingratitude. Accourez de tous les points de la colonie, citoyens régénérés, entourons les organes de la loi, et que nos corps tombent mille fois sous les coups de nos misérables ennemis, plutôt que de laisser avilir un instant les lois de la République. Quels reproches n’aurions-nous pas à nous faire, si nous ne volions tous au secours de la loi ? Quoi ! les commissaires civils eux-mêmes vont exposer leurs jours précieux ? Quoi ! des hommes qui ont abandonné pour nous toutes les douceurs de leur patrie, courraient des dangers, et tous tés citoyens de couleur ne les partageraient pas ? Ah ! frères et amis, si le crime triomphait un moment, si vous aviez le malheur de perdre un seul de vos défenseurs, n’entendez-vous pas déjà au fond de vos cœurs cette bienfaisante patrie vous dire, avec l’accent de la plus vive douleur : « Enfans ingrats, j’avais reconnu vos droits ; j’avais envoyé des hommes intrépides et vertueux pour vous faire partager, avec mes autres enfans, la somme du bonheur qui appartient à tous les hommes libres : vous les avez lâchement abandonnés, et ils sont morts victimes de leur devoir et de leur amour pour moi. »

Craignons, frères et amis, que la République ne nous fasse un jour des reproches aussi déchirans. Déployons toute notre énergie ; que nos ennemis tremblent d’effroi en voyant la courageuse ardeur que nous allons mettre à attérer et anéantir cette faction insolente dont le foyer est au Port-au-Prince ; jurons tous de ne point revenir que le dernier n’en soit exterminé. Et vous, citoyens régénérés comme nous, vous