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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/87

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Qu’ils se rassurent cependant, les hommes probes et tranquilles, véritables adorateurs de la loi, qui, au milieu de tant de désordres, forment encore la majorité de la ville du Port-au-Prince ; trop longtemps tyrannisés par une poignée de séditieux, ils vont enfin en être délivrés par le convoi qui partira pour France. Que les grenadiers de la garde nationale qui viennent d’empêcher le massacre des prisonniers, et qui, par ce trait de bravoure et de civisme, ont conservé les preuves vivantes de la complicité des agitateurs du peuple avec les aristocrates reconnus, se joignent à l’armée des amis de la France ; qu’ils concourent à l’expulsion de nos ennemis communs : animés tous du même esprit, nous poserons ensuite la base du bonheur de Saint-Domingue.

Et vous, soldats des bataillons ci-devant Artois et Provence ; vous qui, croyant marcher sur la ligne du patriotisme, avez été si souvent égarés par des perfides trop déguisés sous les couleurs nationales pour être aisément reconnus, cessez à jamais d’etre les instrumens aveugles d’une faction qui vous a si indignement trompés ! Nés Français, le feu sacré de la patrie brûle dans vos cœurs. Eh bien ! n’hésitez pas de vous ranger autour des mandataires de la République, n’écoutez plus que leurs ordres. Que vous importe la querelle des aristocrates de la peau ? Vous n’êtes pas venus dans la colonie pour venger l’amour-propre des ennemis de l’égalité, encore moins les prétentions des indépendans contre la mère-patrie. Votre mission est de faire respecter les volontés de la République, et surtout d’y obéir sans réserve et sans murmures.


Dans ces circonstances, le commissaire civil a ordonné et ordonne ce qui suit :


Article 1er. Déclarons les gardes nationales des quatorze paroisses de l’Ouest en état de réquisition permanente, jusqu’à ce que par nous il en ait été autrement ordonné.

2. Le citoyen gouverneur général pourra en ordonner le rassemblement en tel nombre et tel lieu qu’il jugera à propos, tant pour se préparer à la défense de l’ennemi extérieur que pour rétablir l’ordre au Port-au-Prince, et marcher ensuite contre les esclaves révoltés de là plaine du Cul-de-Sac.

3. Faisons très-expresses inhibitions et défenses aux officiers municipaux des communes de s’immiscer directement ou indirectement dans la formation des rassemblemens qui pourront être ordonnés par le citoyen gouverneur général, et ce, sous les peines portées par les lois des 22 juin et 17 août derniers.

Ordonnons, etc., etc.