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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/80

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tion le projet qu’il avait formé de se débarrasser de ce contre-révolutionnaire. Au lieu d’envoyer le faible détachement réclamé par celui-ci, Borel sortit du Port-au-Prince à la tête d’environ deux mille hommes de toutes couleurs, blancs, mulâtres, et africains sous la conduite de son fidèle Philibert. Il joignit Hanus de Jumécourt ; et pendant qu’ils marchaient tous deux contre les esclaves insurgés par eux, Borel opéra l’arrestation de son complice et du chevalier de Coustard, ancien commandant de la province de l’Ouest sous le gouvernement colonial, tous deux chefs de la contre-révolution à la Croix-des-Bouquets. Il les emmena dans les prisons du Port-au-Prince, et cessa de poursuivre les insurgés. H. de Jumécourt resta en prison durant quinze mois : au commencement de 1794, Sonthonax le mit en liberté ; Coustard y mourut.

Ainsi débarrassé de Hanus de Jumécourt, ce concurrent redoutable parmi les anciens pompons blancs, Borel tourna ses efforts contre les agens de la métropole.

Le vieux général de Lasalle était devenu, comme nous l’avons dit, gouverneur par intérim de Saint-Domingue au départ de Rochambeau pour la Martinique : il résidait au Port-au-Prince, depuis la fin de septembre 1792, en qualité de commandant de la province de l’Ouest. Cet officier qui, à la prise de la Bastille, en 1789, avait eu le commandement de Paris, était un homme déjà usé par l’âge et par les maladies qu’il contracta dès son arrivée dans la colonie. D’un dérèglement de mœurs qui le déconsidérait aux yeux de la société, il avait perdu toute influence sur les troupes et les gardes nationales. Il fut humilié par Borel et ses affidés.