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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/52

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nous venons de dire que le fait avait suivi la menace, par la déportation de Blanchelande et des autres agens de l’ancien régime, désignés par l’assemblée coloniale et ses partisans comme les auteurs des troubles de la colonie.

Parmi ceux de Saint-Marc, Decoigne et Roi de la Grange étaient les plus actifs. Ce dernier, comme nous l’avons dit, avait été secrétaire de Peinier et de Blanchelande ; ce fut lui qui assassina Praloto : ce crime était resté impuni jusqu’alors, par l’impuissance ou peut-être par la connivence des juges, anciens membres du gouvernement colonial. Le rôle infâme que Decoigne et Roi de la Grange avaient toujours joué dans les mouvemens populaires semblait les désigner à la sévérité des commissaires venus à Saint-Marc. Ils mirent tout en œuvre pour exciter les habitans contre leur autorité, en persuadant même aux hommes de couleur qu’ils pourraient aussi être arrêtés et expulsés de la colonie, pour s’être unis avec les contre-révolutionnaires. Plusieurs de ces hommes occupaient des fonctions publiques dans l’Artibonite : Antoine Chanlatte était capitaine général de la garde nationale de Saint-Marc.

Certes, Savary, resté le plus influent parmi eux depuis l’absence de Pinchinat, pouvait déjouer ces intrigues, en faisant valoir à leurs yeux l’honneur fait à Pinchinat d’être le premier appelé à faire partie de la commission intermédiaire. Mais, loin d’user de son influence dans ce but qui eût été si louable de sa part, il seconda les intrigues des contre-révolutionnaires. Il est présumable, selon nous, que Savary y fut déterminé par la jalousie qu’il dut ressentir de cette distinction