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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/491

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reconnaissance, on peut le dire, devient aussi un acte politique ; car à ce moment, une puissance ennemie de la France, dans sa colonie voisine, faisait les offres séduisantes de la liberté à tous ces révoltés.

Les commissaires civils sont sortis triomphans de cette lutte à mort où l’existence de leur vie et de leur pouvoir était en péril, où la contre-révolution allait s’opérer par l’indépendance de la colonie. La justice, l’éternelle justice que Dieu a gravée dans leurs cœurs, que leur esprit développé a depuis longtemps appréciée, que leurs sentimens généreux ont provoquée déjà des organes suprêmes de la nation : cette justice ne les portera-t-elle pas à étendre sur d’autres auxiliaires courageux, le bienfait de la liberté qui doit être le partage de tous les hommes ? Oui, sans doute, les commissaires civils ne reculeront pas devant l’accomplissement de ce qui est pour eux un devoir, aux yeux de Dieu, père commun de toute l’espèce humaine. Ils ne sont pas textuellement autorisés à cet acte ; mais, pour se justifier, ils peuvent argumenter des principes du droit, posés par la métropole, et de la correspondance ministérielle. N’importent les conséquences, ils ont le courage de leurs convictions, et la situation est grave et difficile. Ils sont avisés des projets de trahison conçus par le parti colonial, pour livrer la colonie à une grande puissance maritime ; ils savent qu’ils n’ont guères l’espoir d’être secourus par la métropole. D’un autre côté, ils ont vu des officiers français, méconnaissant leurs devoirs, trahissant la cause de leur patrie, livrer de nombreux postes aux masses en révolte, auxiliaires de la puissance voisine. Les commissaires civils se décident donc, dans cette actualité pressante, à étendre le bienfait de la liberté en faveur de tous les révoltés qui viendront se ranger