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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/452

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Si le calme et la tranquillité élaient revenus au Port-au-Prince, après l’affaire du 17 au 18 mars et le retour de Polvérel, néaumoins la situation des esprits était loin d’offrir la garantie dont on avait besoin, pour pouvoir résister aux séductions des Anglais et à une attaque sérieuse de leur part. Les blancs vaincus par Montbrun, mais toujours factieux dans cette ville, étaient plus que jamais disposés à accueillir un ennemi qui pût les délivrer de ce qu’ils appelaient le joug des mulâtres. Ils trouvaient dans l’espèce d’alliance que Garran a constatée entre eux et Sonthonax, dans l’irritation et le mécontentement de ce commissaire, un nouvel aliment à leur projet. Il paraît que Polvérel lui-même finit insensiblement par épouser la querelle de son collègue ; et cet état de choses n’était pas propre à imprimer de la vigueur à la défense de la ville.

Les Anglais, n’ignorant pas cette situation, faisaient mouvoir tous les ressorts de leurs intrigues, non-seulement auprès des blancs, mais des hommes de couleur et des noirs anciens affranchis. Les colons et les émigrés qui étaient avec eux les aidaient dans cette œuvre de corruption. L’un de ces derniers, d’accord avec Whitelocke, imagina une lettre, après l’affaire du 18 mars, qu’il adressa à Montbrun, dans le but d’exciter davantage l’animosité de Sonthonax et de faire naître des soupçons de trahison contre ce mulâtre. Sonthonax, passionné, s’y laissa prendre comme il s’était laissé aller aux intrigues de Desfourneaux et de Martial Besse : peut-être Polvérel lui-même tomba-t-il dans ce piège. L’émigré, nommé Larue, avait eu quelques relations avec Montbrun ; il les lui rappela d’abord, en faisant une image séduisante de la générosité des Anglais et de la situation prospère et