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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/448

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convenances sur cette matière, et qu’il prêchait sans cesse le mariage, comme base des vertus sociales.

Né, dit-on, en mai 1743, sur l’habitation Breda, au Haut-du-Cap, il avait été d’abord charge de la surveillance et du soin des animaux, avant de devenir le cocher de Bayon de Libertas, procureur de cette habitation et propriétaire lui-même au Limbé. Dans sa première charge, il avait acquis la connaissance de bien des remèdes, non-seulement pour le traitement des animaux, mais pour celui des hommes ; il possédait l’usage des simples, des plantes du pays dont beaucoup sont des poisons violents. Comme Macandal, dans le Nord, avait passé pour en connaître aussi l’usage, aux yeux de beaucoup de noirs de cette province, Toussaint Louverture était considéré et respecté comme un nouveau Macandal[1]. C’est ce qui explique les fonctions qu’il exerça d’abord dans les bandes de noirs insurgés, sous le titre de Médecin des armées du Roi, avant de devenir général d’armée.

Tel fut l’homme que sa soumission au drapeau français plaça à la tête des noirs du Nord, avec l’appareil du pouvoir militaire et le prestige de sa couleur et d’une supériorité incontestable.

Nous croyons devoir réfuter ici une tradition du pays, qui prétend que quelque temps avant sa soumission à Laveaux, Toussaint Louverture aurait fait à Villatte la proposition de se soumettre à lui, et que ce dernier aura rejeté ses offres, en répondant qu’il ne voulait pas entrer en négociation avec un misérable esclave dévoué à la cause de la servitude ; et que de cette réponse, sortie de la bouche d’un homme de couleur, naquit sa haine pour Villatte[2].

  1. Rapport de Kerverseau au ministre de la marine, du 7 septembre 1801.
  2. Histoire d’Haïti par M. Madiou, t. 1er, p. 193. Nous saisissons cette occa-