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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/440

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but infâme ; et nous nous vengerons à notre tour de ces êtres méprisables à tous égards. Unissons-nous donc à jamais ; et oubliant le passé, ne nous occupons désormais qu’à écraser nos ennemis et à nous venger particuîièrement de nos perfides voisins.

Il est bien certain que le pavillon national flotte aux Gonaïves, ainsi que dans toute la dépendance, et que j’ai chassé les Espagnols et les émigrés de cette partie des Gonaïves ; mais j’ai le cœur navré de l’événement qui a suivi sur quelques malheureux blancs qui ont eté victimes dans cette affaire. Je ne suis pas comme bien d’autres qui voient les scènes d’horreur avec sang-froid. J’ai toujours eu l’humanité pour partage, et je gémis quand je ne puis pas empêcher le mal. Il y a eu aussi quelques petits soulèvemens parmi les ateliers, mais j’ai mis de suite le bon ordre et tous travaillent comme ci-devant.

Gonaïves, le Gros-Morne, Canton-d’Ennery, Plaisance, Marmelade, Dondon, l’Acui et toute là dépendance avec le Limbé, sont sous mes ordres, et je compte quatre mille hommes armés dans tous ces endroits, sans compter cependant les citoyens du Grôs-Morne, qui sont au nombre de six cents.

Quant aux munitions de guerre, j’en suis dépourvu entièrement, les ayant consommées dans les diverses attaques que j’ai faites contre l’ennemi. Quand j’ai pris les Gonaïves, j’ai seulement trouvé 100 gargousses à canon que j’ai fait faire des cartouches à fusil pour attaquer le pont de l’Ester où sont campés les émigrés. Je me propose de les attaquer au premier moment, c’est-à-dire quand le citoyen Blanc Cazenave se sera rendu avec son armée à l’habitation Marchand, au carrefour de la Petite-Rivière de l’Artibonite.

Je suis en ce moment occupé du camp Berlin, au Port-Margot, dont le chef de cet endroit paraît vouloir braver nos forces. J’ai donné mes ordres pour faire marcher des troupes du Limbé et de Plaisance pour l’attaquer. Je m’imagine bien que je m’en emparerai[1] ; et aussitôt pris, je vous en ferai part pour que, de votre côté, vous puissiez, si vous le jugez à propos, marcher contre le Borgne. J’en ferai autant de mon côté, et nous pourrons cerner le bourg de cette paroisse et l’attaquer, s’il est nécessaire ; et après la réduction de ces deux endroits, nous aurons le champ libre pour nous voir et concerter plus amplement nos opérations, pour les intérêts républicains.

Quant aux forces de nos ennemis, elles seraient bien peu conséquentes, sans le général Jean François qui tient bon pour les Espagnols.

  1. Ce camp ne fut pris qu’avec le concours de Villatte, vers la fin de juin. Compte rendu de Laveaux, p. 36.)