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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/42

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Et s’il était possible, citoyens, que l’assemblée nationale, égarée, pût se porter à oublier les prérogatives des habitans de Saint-Domingue, et à détruire, dans le régime colonial, le germe de sa prospérité, je déclare que je ne me rendrai jamais l’exécuteur d’une pareille injustice ; je déclare que je m’opposerai de toutes mes forces : j’en fais le serment solennel.

Dans ces circonstances, j’invite tous les bons citoyens à se réunir autour des autorités constituées, pour défendre la loi, et pour ramener efficacement la tranquillité publique.

Et si, malgré mes sincères dispositions ; si, malgré mes serments, les malintentionnés persistent à vouloir me charger d’un crime qui doit me faire perdre la confiance publique, j’irai faire part à mes collègues de ma position, et j’abandonnerai sans peine le timon des affaires…


Quelle qu’ait été la position difficile où s’est trouvé Sonthonax, au 4 décembre 1792, nous n’hésitons pas à le blâmer d’avoir préféré, dans cette circonstance, développer sa propre doctrine consignée dans sa déclaration improvisée le 20 septembre, plutôt que de s’en tenir à celle de Polvérel, devenue leur œuvre commune, par leur proclamation du 24 septembre. Prendre de nouveau devant les colons, l’engagement de s’opposer de toutes ses forces à une loi que rendrait l’assemblée nationale sur le sort des esclaves, leur répéter qu’une telle mesure était entièrement dans leurs prérogatives absolues, c’était les exciter d’avance à tout employer pour s’y opposer, quand même ils devraient livrer la colonie à la Grande-Bretagne. C’était, à plus forte raison, les préparer à la résistance qu’ils firent aux commissaires civils, lorsque des circonstances impérieuses lés contraignirent à décréter la liberté générale des esclaves. C’était encore égarer d’avance la classe des hommes de couleur, au sujet d’une question aussi importante. Un véritable homme d’Etat ne prend pas de tels engagemens :