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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/410

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avantages ; mais bientôt, réunis par le même sentiment, les blancs, les noirs, les hommes de couleur jurèrent tous de s’enterrer sous les débris de leur ville infortunée, et de souffrir les maux les plus extrêmes plutôt que de la rendre aux ennemis de la France. Le commandant du Cap, Villatte, se distingua surtout par son zèle et son courage. Il refusa, dit-on, les offres considérables qui lui furent faites par les Espagnols et les Anglais. Il accoutuma les nègres à un service régulier. Il fît des dispositions de défense conçues avec tant d’intelligence, que les armées des deux nations qui se présentèrent par mer et par terre pour en faire le siège, furent toujours repoussées, sans pouvoir même s’avancer par terre jusqu’aux murs de la ville. Elles se bornèrent à la bloquer aussi exactement qu’il leur fut possible, dans l’espérance de la réduire par la famine, ou de s’y ménager des intelligences qui la leur livreraient. Tout fut inutile. La population du Cap supporta la disette la plus extrême sans murmurer. On y vécut plusieurs semaines du suc des cannes à sucre et d’oranges, et après deux mois d’attente inutile, les ennemis furent obligés de se retirer… »

Laveaux lui-même, un an après l’affaire du 30 ventôse dont nous parlerons un jour, rendit justice à Villatte en ces termes : « …Les griefs que j’ai contre Villatte sont pour moi une raison de plus de publier que, sommé par les Espagnols de rendre le Cap, il répondit en homme d’honneur et en ami courageux de la république. Il a vaillamment défendu tout le cordon de l’est du Cap[1]. »

  1. Il répondit aux Espagnols, en leur envoyant des cartouches et du plomb : réponse à la manière des Lacédémoniens.