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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/400

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Sa correspondance avec les divers officiers qui commandaient quelques troupes dans différentes communes du Nord, avant la défection de ces communes, est un modèle de constance et de fidélité à son drapeau. À l’un d’eux il écrivait :

« Je ne puis vous envoyer ni hommes, ni munitions, ma garnison étant toute malade… Il serait déshonorant de quitter votre poste sans tirer un coup de fusil. Si, néanmoins, vous êtes forcés à la retraite, ne le faites qu’après la plus vigoureuse défense… Dût toute la colonie se rendre aux Anglais ou aux Espagnols, tenons bon ; conservons à la république un endroit où les forces qu’elle enverra sûrement pourront débarquer et trouver à la minute un lieu qui les reçoive. Pour moi, je ne me rendrai jamais. Les troupes que j’ai le bonheur de commander sont dans les mêmes sentimens. Vainement les ennemis croient-ils nous intimider, en menaçant de déployer contre nous des forces formidables : nous opposerons à ces forces notre courage, nos sermens, et s’il est nécessaire, nous périrons tous les armes à la main. Par ce moyen, nous remplirons nos sermens, nous emporterons les regrets de nos concitoyens, de tout ce qui compose notre patrie, et nous aurons l’estime de tous nos ennemis, qui diront : Ils ont préféré la mort à la trahison. Avec de tels principes, l’on meurt sans jamais avoir été vaincu. »

Quelle différence entre Laveaux et Lasalle ! Lorsqu’un chef montre de tels principes et de tels sentimens à ses subordonnés, s’il ne réussit pas à vaincre ses ennemis, s’il succombe, c’est du moins avec gloire.

Dans ce moment-là, Laveaux n’avait qu’environ deux milliers de poudre : les soldats européens, au nombre de