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Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 2.djvu/392

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préparer leur émancipation sinon abolir leur esclavage. Les blancs qui concourent à ces résultats, qui acceptent franchement cette mission providentielle, ont droit à toute notre gratitude, à tout notre amour. Sonthonax n’est-il pas dans cette catégorie respectable, malgré ses erreurs, ses fautes, ses torts incontestables envers les hommes de couleur ? Nous le croyons.


Nos traditions rapportent que quelques jours après le 18 mars, des bandes de noirs de la plaine du Cul-de-Sac, sous la conduite de l’un d’eux nommé Bébé Coustard, se portèrent de nouveau dans le bourg de la Croix-des-Bouquets, menaçant sérieusement cette fois l’existence de Bauvais et de toute la portion de la légion de l’Ouest qui était sous ses ordres : ces derniers durent se retrancher dans l’église, décidés à se défendre courageusement. Mais, pendant qu’ils s’y préparaient, le fougueux Daguin, que nous avons vu autrefois dégaîner son épée, sur la place du même bourg, pour ordonner aux tambours de battre la générale, parce que les blancs du Port-au-Prince voulaient que les nègres suisses rentrassent sur les habitations de leurs maîtres ; Daguin s’arme d’un fusil, va au-devant des noirs étonnés et demande à parler à Bébé Coustard. Celui-ci paraît, et Daguin le tue immédiatement. Cette témérité, après la mort si récente d’Halaou, jeta l’épouvante parmi ces bandes qui se dispersèrent aussitôt. Bauvais resta de nouveau maître de la Croix-des-Bouquets.

Ici, nous n’avons pas les mêmes raisons, pour blâmer l’action audacieuse de Daguin, que nous avions pour condamner le meurtre d’Halaou. Si Bauvais et la légion se voyaient exposés à une attaque de ces masses, mises en-